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DES BOSSES
ET DES BULLES
Le trail running illustré

Mini ou Maxi ?


Mini ou Maxi ?

Il est amusant de voir comment le marketing opère dans le milieu du trail. En quelques années, nous sommes passés d’un excès à l’autre et comme la mode est un perpétuel recommencement, gageons que nous reviendrons, en courant, au point de départ et ainsi de suite.

A la base de tout, une question : l’homme est-il fait pour courir ?

Les stratèges du marketing feront tout pour laisser planer le doute sur une réponse plausible et rationnelle : "Peut-être que oui...", "Sûrement possible...", "Pas vraiment sûr que non..."

Au départ, il a été dit que "Plutôt pas trop sûr que oui". Les chercheurs se sont alors mis au travail.
Comment Diable aider ce pauvre homme dont la seule satisfaction, une fois levé, est d’aller courir où bon lui semble (prairie, montagne, ville, home trainer, escaliers, etc) ? Comment lui faciliter son addiction lui qui n’est plutôt pas trop fait pour courir ? Et comment en tirer un bénéfice juteux (pour répondre au marketing)

"On va lui créer toute une chiée d’équipements qui, telle une armure, viendra galvaniser les membres de son corps dont, il est bon de le rappeler, nous ne sommes vraiment pas sûrs qu’ils soient fait pour courir..." répondit un chercheur d’un laboratoire d’une marque de sport connue. "Nous pourrons répondre ainsi à la moindre de ses exigences et en tirer un bénéfice juteux" continua-t’il en direction du service marketing

"Quand je cours j’ai mal aux pieds..."
Réponse : Semelle EVA
Leviers possibles pour développer les gammes : Epaisseur, protection du pied (pare-pierre, pronation, supination, universel, trouver des mots compliqués pour augmenter le prix, etc)
Goodies : semelles sur-mesure (c’est moins cher disent les revendeurs), semelle orthopédique (c’est mieux disent les orthopédistes)

"Oui mais ça fait mal aux mollets ! De courir... "

Réponse Labo : Manchons de compression.
Leviers possibles pour développer les gammes : type de compression ("et oui c’est pas pareil !"), couleurs, autres couleurs, couleurs différentes, "oui mais alors là le nouveau manchon n’a plus rien à voir avec celui d’avant, il compresse mais sans trop comprimer."

"Ok c’est bien mais les cuisses dans les descentes, elles ramassent grave !"

Réponse Labo : Le Quad ou manchon de cuisse.
Leviers possibles pour développer les gammes : Moule-bite en avant ou moule-bite sous short, motifs sur moule-bite (nid d’abeille, traits reprenant les muscles d’un apollon sur le textile,...), couleurs, autres couleurs. Bien spécifier que les textiles de compression ne se lavent pas facilement pour pousser le consommateur (ou sa mère) à la faute (machine + sèche-linge + fer à repasser => habit pour barbie/ken sportifs) et l’obliger à acheter de nouveau le même produit (proposer une autre couleur pour apporter une nouveauté dans l’achat du produit)

"Bon en bas ça va, mais en haut il y a tout le bordel qui vibre quand je cours (et aussi quand je marche)"
Réponse labo : les textiles de compression
Leviers possibles pour développer les gammes : mettre en avant des équations, des courbes et des graphiques avec, à côté et pour faire moins indigeste, un athlète aimé de tous et plutôt balèze qui court en souriant dans la montagne. Comme pour les cuisses, des motifs, des couleurs, d’autres couleurs, des poches de partout, des tissus qui transforment la transpiration en biocarburant, qui filtrent le pollen des fleurs de montagne pour en faire des gels énergétiques, qui t’aident à te reposer quand tu cours.
"Mais ça coûte une blinde vos débardeurs de compression !!!"
"Oui mais ces débardeurs compressifs vous font gagner (*) !"

Ainsi s’annonçaient les folles années de l’équipement technologique au service de l’homme. A grand coup de campagne marketing, le même homme - non conçu par nature pour la course - se voyait paré d’un exosquelette lui permettant de gravir les sommets les plus hauts, de dévaler les pentes les plus abruptes et de faire fondre le bitume des lignes droites les plus longues.

MAIS...

... au bout de 5 années, toutes les couleurs et toutes les équations mathématiques avaient été utilisées.
Il fallait rebondir. Oui, mais comment ?

En remettant tout en cause évidemment !
"Il est peut être probable que l’homme soit finalement fait pour courir".
Du temps de Lucie, l’homme courait bien non ? Et plutôt vite même, pour échapper au bestiaire de son époque. Et de surcroît, il courait simplement vêtu d’une peau de bête.
L’idée trotta dans la tête des marketteux qui toutefois ne voyaient pas trop comment faire de l’argent avec une vulgaire peau de bête (même synthétique et compressive)
Ils questionnèrent les scientifiques qui, reprenant l’allégorie des sucrettes sans sucre plus chères que le sucre, inventèrent le concept de "Bare-foot" ou "Minimalisme".

Pour faire simple, jetez tout votre matériel et retourner chez votre revendeur vous achetez une paire de minimaliste et un short.

"J’aimerais me rapprocher de la Nature, ne faire qu’un(e) avec elle et lui avouer mon amour"
Réponse labo : la chaussure minimaliste.
Réaction à prévoir et anticiper du prospect/client :
"200 euros la paire de chaussures minimalistes qui donne l’impression de courir pieds nus, c’est cher non ??"
Réponse possible : Evoquer le fait qu’il s’agit là d’un "condensé de recherche en dynamique des matériaux dans une semelle d’à peine [épaisseur de la semelle] sur une chaussure d’à peine [poids d’une chaussure taille 26].
Evoquer l’amour de la Nature et le fait que Lucie courait avec une simple peau de bête (en vente au rayon textile) et que cela n’a pas nuit au développement de la race humaine.
Pour les afficionados du bare-foot, bien leur mentionner que les semelles ne durent pas longtemps et qu’il vaut mieux investir dans plusieurs paires sous peine de se détruire l’ensemble des articulations. Jouer sur les gammes de couleurs différentes pour faciliter l’achat. Possibilité d’assortir les chaussures avec la peau de bête (en vente au rayon textile).

Ainsi commencèrent les non moins folles années du minimalisme. Nous regardions nos pieds affublés de nos minimalistes qui communient avec la nature (du sol) et oublions du coup de regarder la Nature derrière nos lunettes...
Je vous ai parlé des lunettes de trail ? non ? Une prochaine fois alors.

Pour conclure, et faire la synthèse de ces deux courants présents dans le milieu du trail français, une chose est sûre : compressif over-size ou minimalisme, pour arborer l’une de ces deux panoplies, il vaut mieux être goalé comme un Dieu.

Et pour cela, il faut courir... La boucle est bouclée. Vive le marketing !

(*) Dans le cadre d’une préparation intensive sur 3 ans à raison de 8 entrainements par semaine. Une VMA de 24 est recommandée.

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